mercredi 22 janvier 2014

Nusa Penida

Je disais donc, j'ai choisi de finir mon séjour au rythme tranquille de l'île de Nusa Penida. Réactions choisies : "Where?", "but why?", "Two weeks!..." Et oui. Je suis tombée sous le charme de cette île. Peut-être se rapproche-t-elle de ce que Bali était il y a une trentaine d'années, avant de succomber à l'emprise du Dieu Tourisme. Ici, personne ne tente de me vendre quoi que ce soit et si mon scooter risque de finir dans le fossé, c'est plutôt à cause d'un nid de poule que d'un conducteur fou. Les enfants me saluent de "Hello !" enthousiastes suivis, au choix, de "you're beautiful" ou "I love you" (bon, parfois, l'inverse aussi, ça reste des enfants). Le contact avec les habitants est facile et paisible, surtout avec quelques mots d'indonésiens dans ses bagages. Beaucoup m'ont regardé passer intrigués, lors de mes ballades, tout en me rendant mes "selamat pagi" (bonjour) avec le sourire. 

Sous le royaume de Klungkung, l'île de Nusa Penida a longtemps accueilli les indésirables. De son passé de bagne, elle a gardé une réputation austère, quelques légendes, des histoires de magie noire. Sur ce point, j'ai reçu deux versions: la première me faisait comprendre que ce n'était que légendes; la seconde, que la magie noire est indissociable de la magie blanche, c'est simplement une manière d'évoquer le lien aux esprits, certains étant bons, d'autres mauvais. 




La plupart des habitants vivent de la culture des algues introduite sur l'île dans les années 80. Au petit matin, à l'occasion d'une marée basse, on peut les voir les récolter à la main, une bouée et un panier de feuilles de palmier à leurs côtés, face au Mont Agun, la montagne sacrée de Bali. Une fois séchées, les algues sont revendues pour être utilisées dans les cosmétiques et gélifiants.



Le soir, sur la plage de la baie de cristal, les enfants jouent dans les vagues, avant de se laver dans l'eau de la source voisine. En s'enfonçant dans les terres, on croise des vieux et des vieilles, certains pliés en deux, qui portent sur leur tête le fourrage pour leurs bêtes, du bois ou des paniers d'offrandes. Il y a une trentaine d'années, il n'y avait ni électricité ni véhicule motorisé sur cette île dont les traditions sont encore fortes.




Côté spiritualité, comme à Bali, chaque village ou communauté possède au moins trois temples principaux, sans compter les temples familiaux. Le Goa Giri Putri, dans des grottes, et le temple de Ped, font partie des plus importants et attirent les fidèles de Bali. Côté nature, il suffit de chausser les palmes et de nager au-dessus des champs d'algues pour rejoindre coraux et poissons tropicaux. C'est autour de cette île qu'on peut aller à la rencontre des raies mantas et des poissons lunes, les plus grands poissons au monde (jusqu'en octobre). Les amateurs d'oiseaux peuvent quant à eux y observer le bali starling. En saison des pluies, la végétation est luxuriante, même si l'île a souffert de déforestation. On ne le réalise qu'en quittant la côte pour les collines et le versant plus sauvage de Nusa Penida.







Sous l'action du FNPF (Friends of the National Park Foundation) et avec l'implication des villageois, l'île est devenue un sanctuaire pour oiseaux, l'action la plus marquante étant le développement de la population des Bali starling. La Fondation s'emploie également à remédier à la déforestation, en mettant à disposition des habitants des arbres à planter qu'elle fait livrer ou cultive. Elle développe un programme de bourses scolaires et universitaires pour soutenir les enfants de Nusa Penida dans leurs études, ainsi que des cours de danse balinaise et une sensibilisation à l'environnement. Elle entretient aussi un jardin bio à titre d'exemple, pour encourager les habitants à cultiver leurs propres légumes et diversifier leurs cultures (algues sur la côte, maïs dans les terres prédominent), sachant que la majorité est importée de Bali alors qu'ils poussent très bien sur l'île. Bref, le FNPF s'investit dans la protection de la vie sauvage et l'amélioration du bien-être des habitants de Nusa Penida. Les touristes sont rares et certains les souhaiteraient plus nombreux, tout en considérant Bali comme le contre-exemple absolu. Pour l’instant, les règles des communautés semblent suffisamment fortes pour que l'île reste ce qu'elle est. J'espère vraiment que Nusa Penida trouvera ainsi sa propre voie...

C'est ici que j'ai passé les deux premières semaines de l'année 2014, en tant que "volontaire" aux côtés de l'équipe locale et d'autres voyageurs âgés de 13 à 77 ans. J'ai retrouvé le goût du voyage en me laissant aller au rythme paisible de l'île. Se rendre sur la plage au lever du jour (les coqs ne vous laissent pas trop le choix d'une grasse mat'...), se voir inviter par un voisin à s'asseoir et à apprécier le "spectacle" matinal de la culture des algues, entretenir le jardin bio le matin, planter des arbres, dégager le nouveau site en construction, se rafraîchir dans l'océan, aller saluer les poissons, partir en ballade à scooter dans les montagnes pour rejoindre une plage ou des falaises, se perdre dans les chemins de traverse, faire un bout de route avec une femme revenant des champs, un lourd panier sur sa tête, échanger un sourire avec une grand-mère sans âge après quelques mots d'indonésien, répondre aux saluts des enfants, se contenter d'être là, de vivre l'île. Découvrir l'enthousiasme des enfants du club d'anglais (je les adopterais bien tous s'ils n'avaient pas déjà une famille), dîner face à la mer, lorsque les lumières du soleil couchant se reflètent sur le mont Agun, ou dans un warung tout en discutant avec un professeur de langues local (japonais, anglais, indonésien, balinais), finir la soirée avec un verre d'arak au son d'une guitare... Se rendre au temple un soir de pleine lune avec un voisin et apprendre à y prier... 

Une précédente volontaire, Carolina Granado Pinto, a laissé derrière elle un petit livre sur Nusa Penida et le "slow travel" et c'est bien de cela qu'il s'agit : ralentir, s'adapter au rythme de l'île, prendre du temps pour soi et le partager avec les autres, ne pas hésiter à se perdre, s'investir dans les activités locales, partager ses idées et ses compétences, emprunter les chemins de traverse, sortir de sa zone de confort et plutôt que de se contenter de rester dans un lieu, le vivre intensément... Le "slow travel" ou un état d'esprit, du respect, l'envie de créer une relation qui ait du sens avec une île, ses habitants, leur culture. Pensez-y si l'envie vous prend d'y faire un tour ! J'ai bien pensé garder le secret, mais c'est grâce à un blog de voyageurs que j'ai décidé de m'y rendre, alors partageons... Nusa Penida ne se consomme pas, elle se vit. 

vendredi 17 janvier 2014

Photos...

ça y est, l'album du Japon est complet (deux mois après, il était temps) et celui de Bali est en ligne. Nusa Penida devrait suivre dans peu de temps. Enjoy!

jeudi 16 janvier 2014

Bali, une île qui fait rêver ?






Bali vous fait rêver? Rien de mieux que d'y faire un tour pour ne plus fantasmer sur cette île, tant l'écart entre le rêve et la réalité est grand. 

J'exagère? Tentons d'être objective... 

L'île peut être séduisante : l'omniprésence de l’hindouisme visible dans les offrandes, cérémonies quotidiennes et temples multiples, l'architecture balinaise, les spas, la nature luxuriante, la beauté et l'intelligence des rizières (un travail éreintant), les danses et tenues traditionnelles, les sourires de certains, l'abondance de fruits, les plages de sable noir, les fonds marins, les embarcations des pêcheurs, une culture unique au monde... Après tout, c'est l"île des dieux", non? 
Mais, car il y a un "mais", Bali, c'est aussi un ultra-développement touristique, des embouteillages, de la circulation, des rencontres biaisées par les rapports marchands et la différence de revenus, une vision bien pauvre de l'Australie à travers ses représentants venus surfer et se saouler à bas prix (ce n'est pas comme s'ils avaient des plages et des bars dans leur pays), la nécessité de négocier tous les prix annoncés, systématiquement excessifs, des ordures jonchant les plages et les espaces naturels, et un problème  paradoxal d'approvisionnement en eau, si j'en crois certains articles, en raison de l'utilisation qu'en font les hôtels. 

Il suffit de se renseigner un peu pour le savoir avant de venir, mais j'avais espoir qu'il serait possible de sortir des sentiers battus et de faire de belles rencontres. Echec et mat! Voyageurs et routards, si vous cherchez de l'authenticité, ne restez pas trop longtemps ici, à moins d'avoir des contacts ou un guide qui vous aideront à gratter la surface pour rentrer dans le vif du sujet : fuyez plus loin vers l'Est. Lombok, Florès, Sulawesi... L'Indonésie est vaste et vous attend. 

Mes meilleurs moments sont donc moins liés au voyage en lui-même qu'à de nouvelles expériences, l'un des bons côtés de Bali: la découverte de la plongée et des fonds marins, mon cours de danse balinaise à Ubud à l'issue duquel l'enseignante m'a proposé de participer à la cérémonie de son village, le stage de méditation vipassana animé par un moine bouddhiste du Myanmar et mon court séjour sur l'île de Nusa Lembongan, où une norvégienne m'a conseillé un hébergement à Lombok tout en me recommandant d'éviter la chambre du premier étage, hantée. Puis en me rassurant : si on buvait suffisamment de Bintang – la bière locale – les esprits ne pourraient pas établir de communication avec nous ; par précaution, et même si nous étions sur une autre île, nous en avons donc repris une dernière. Efficace. 

J'étais curieuse de découvrir Ubud, mais si les environs sont superbes (jungle et rizières), le centre où j'ai échoué lors de mon arrivée de nuit est ultra-commercial (« taxi, taxi, taxi taxi »!!!!). Je me suis même demandé un temps où étaient les fameuses rizières... Un conseil: choisissez un hébergement hors centre. Le livre puis le filme "Eat, pray, love" ont entraîné un développement de l'industrie du bien-être qui attire nombre d'européens (surtout d'européennes) et rend le tout assez factice. Difficile d'y trouver de l'authenticité. Ou même du sens. 


Néanmoins, dans les environs, il y a de belles ballades, notamment au Tirta Empul, le temple de l'eau, dans lequel les balinais viennent se purifier et récolter l'eau de la source sacrée pour leurs rituels. A l'Ouest d'Ubud, à une ou deux heures de route, les rizières de Jatiluwih sont très belles et il est possible de poursuivre jusqu'au temple Batukaru, perdu dans la montagne et la jungle.

On peut aussi goûter le babi guling, se détendre dans un spa, observer les singes de la forêt, assister à un spectacle de Legong ou de Kecak, se promener dans les rizières, explorer les villages d'artisans et d'artistes alentour, partir en excursion faire l’ascension du Mont Batur, l'un des volcans de l'île, pour assister au lever du soleil (entre deux nuages). Certains proposent l'ascension du Mont Agun, la montagne la plus sacrée de l'île, en quatre heures mais il semble qu'elle prenne plutôt douze heures, comme en témoignaient deux américains rentrés épuisés. 

Sur la côte Nord, Lovina est une station balnéaire endormie assez agréable (à condition de supporter le harcèlement des vendeurs malheureusement désœuvrés) : on peut observer la vie des pêcheurs, s'immerger dans les sources d'eau chaude de Banjar, méditer au temple bouddhiste de l'île, le Bramavihara Arama, ou plonger à Menjangan à une heure de là. Je voulais randonner à Munduk, dans les montagnes, mais des pluies diluviennes m'en ont dissuadée. Je n'aurai pas tout vu à Bali : il manque la plage d'Uluwatu, la péninsule de Kii, le coucher de soleil à Tanah Lot, mais plutôt que d'ajouter des sites à ma liste déjà bien remplie et considérant que j'avais assez donné, j'ai décidé de finir mon séjour au rythme tranquille de l'île de Nusa Penida, dont je vous parlerai prochainement. A suivre...

NB: pour ceux que ça intéresse, un article des études caribéennes (http://etudescaribeennes.revues.org/5385) expose la problématique de Bali avec justesse. Il laisse planer un doute entre "last paradise" ou "lost paradise". Mais il date de 2011. Pour ma part, en 2013, le doute est levé: "lost paradise". 



mercredi 1 janvier 2014

Joyeux Noël et bonne année!

Je vous souhaite à tous un joyeux Noël et une bonne année 2014! 

Happy New Year!

Einen guten Rutsch ins neue Jahr!

Pour ma part, je l'ai passé à méditer au temple Bramavihara Arama, dans le Nord de Bali. J'ai saisi l'occasion d'une retraite de dix jours pour m'initier à la méditation vipassana et le matin du 25 décembre s'est levé sur des sourires et des visages paisibles. Je n'aurai donc pas de photos de Père Noël barbu sous les tropiques à vous montrer, navrée... De toute façon, il ne semble pas trop passer par cette terre hindoue, même si quelques sapins sont dressés dans les hôtels et restaurants touristiques. A Florès, une autre île de l'Indonésie, c'est sûrement différent puisque la population y est majoritairement catholique. 

En plus, j'ai remis ça pour le nouvel an, cette fois face au mont Batur, le volcan de Bali, et au lac de Kintamani... C'était agréable de commencer la nouvelle année ainsi, d'autant plus qu'on a enchaîné le 1er janvier par les sources d'eau chaude situées au bord du lac. 

A défaut de photos de nouvel an sous les tropiques, je vous ai mis en ligne celles du Japon, jusqu'à Kyoto. Je compléterai par Tokyo dans la semaine, puis quelques nouvelles de Bali. Enjoy!  







vendredi 13 décembre 2013

I love Lovina, but...

Journée pénible: à Bali, tout se négocie. A Lovina, une petite station balnéaire tranquille du Nord de l'île, aussi. Les touristes sont rares par rapport au nombre d'hébergements, de restaurants et de petites boutiques, surtout en cette saison. Du coup, ils sont harcelés. Conversation typique:

"Hello! How are you?"
"Fine, thank you. And you?"
"Good! Where are you from?"
"France"
"Oh, France! Bonjour, ça va?" grand sourire suivi d'un "What's your name?" et de vous serrer la main en se présentant. Maintenant que le lien est établi, on passe aux choses sérieuses: 
"Are you interested in (au choix): seeing the dolphins? Diving? Shopping? Taxi? Motorbike?... pas cher, pas cher".
"No, thank you, I don't need anything"
"but why? pas cher !"

Plus loin: 
"Hello! My "friend"! Do you remember me? If you book a taxi, it's with me!" L'un d'entre eux a même osé un "Honey" que j'ai tout d'abord pris pour la prononciation approximative de mon prénom. 

Version suppliante (la pire): "please, come and see! Please buy me a sarong! For good luck today!" pas de sourire, juste une tentative désespérée de vendre quelque chose alors que les dix étals suivants proposent les mêmes produits.

Une fois, ça va, deux aussi, mais dix à vingt fois en une journée, je frôle l'overdose et ça retombe sur les plus honnêtes... Alors que j'avais trouvé un bout de plage fréquenté uniquement par les pêcheurs et leur famille, un jeune homme est venu vers moi. Intéressant, amical, il m'a raconté sa vie et ça n'a pas raté, dix minutes après, il me sortait sa marchandise. Sauf qu'il était étudiant en art, avait pu se former grâce à un parrainage français, fabriquait des bijoux plutôt jolis qui servaient aussi à financer l'éducation d'autres enfants (en étant capable de m'expliquer le processus), etc. Je lui ai dis qu'on m'avait suffisamment menti depuis la veille (genre: "You are looking for spice dive? I am a dive master of spice dive! I offer you a free room if you book a dive with us!" laquelle chambre est la seule pièce d'une maison déserte avec aucun club de plongée en vue...). L'étudiant m'a répondu qu'il croyait dans le karma et tentait de vivre avec un coeur ouvert sur le monde (sous entendu, il ne se permettrait pas d'être malhonnête). J'ai fini par craquer sans savoir si je devais le croire, je ne voulais pas de colliers, mais j'en ai pris trois (au lieu de cinq) et au moment de payer, il me manquait 5000 IDR (genre 30 centimes). Il m'a laissé les trois et j'ai le sentiment de l'avoir volé... Mauvais pour mon karma... 

Gérer la différence de niveau de vie entre nos pays et ce qu'elle induit dans les relations marchandes et humaines est peut-être ce que je déteste le plus. A force, on finit par ne plus croire personne, y compris les plus sincères, et par négocier dur pour 1 euro, ce qui est assez ridicule. Le pli de la méfiance est pris et l'on ne sait plus s'en défaire à temps. Être considérée comme un porte-monnaie ambulant, c'est fatigant. La solution serait de garder de la distance et de l'humour en toutes circonstances, mais que chaque approche amicale se réduise à un échange marchand, c'est lassant. Si vous avez des conseils ou des répliques efficaces dans ce genre de situation, je suis preneuse.

jeudi 12 décembre 2013

Des p'tites bulles, des p'tites bulles, toujours des p'tites bulles...

"J'ai des copains de plongée à Bali en ce moment, je vous mets en contact" – ma sœur, en novembre. Elle m'aurait proposé ça il y a quelques mois, je n'aurais pas suivi : sport à risque + respirer sous l'eau dans un tuyau = euh...non, vraiment, non, merci, n'insistez pas... Il me fallait bien un périple en Asie pour décider de m'y mettre. Pour lever des appréhensions bien naturelles, j'ai commencé par un baptême de plongée à Lorient, sur la plage du Perello, mené avec brio par ma sœur et coachée par mon beau-frère, lequel m'a supplié de ne pas faire pipi dans sa combinaison de plongée même pour me réchauffer (le "nareux", comme disent les Lorrains). Par contre, j'avais le droit de cracher dans son masque pour éviter la buée. Sympa, la plongée... Au-delà de ces aspects régressifs, j'ai découvert des paysages sous-marins que j'étais loin de soupçonner en allant me dorer sur cette plage tous les étés : laminaires, algues vertes, rouges, roses, spirographe, bernards l'hermite, anémones... J'en suis sortie enchantée. Si vous avez suivi, j'ai ensuite acquis les bases en passant l'Open Water aux îles Gili, puis enchaîné sur des "fun dives" à Nusa Lembogan. La proposition de Laurent tombait donc à point nommé : me joindre à eux pour plonger sur le Liberty, un navire américain torpillé par les Japonais en 1942, échoué sur la cote Est de Bali et rejeté à la mer par une éruption du mont Agun en 1963. 

Nous avons quitté Sanur le lundi matin (si vous n'avez rien de spécial à y faire, inutile de vous y attarder) pour rejoindre Tulamben, en faisant étape à Tirta Ganga, le palais des eaux.




A l'arrivée, déception: les prix du bon plan avaient quintuplé en un an... et n'imaginez pas convaincre des plongeurs émérites d'envisager un repli loin du rivage, alors qu'il leur suffirait de chausser les palmes pour rejoindre l'épave. Heureusement, nous avons trouvé refuge quelques mètres plus haut à Aqua Dive Paradise, qui proposait, outre un équipement de qualité, des chambres simples, propres, confortables et pas chères. J'avais prévu de faire une ou deux plongées puis d'explorer l'arrière-pays. C'était sans compter la richesse de la vie sous-marine sur cette épave et la passion communicative de Laurent et Laetitia pour les fonds marins. Finalement, j'en ai fait six, dont une de nuit au cours de laquelle nous avons vu d'énormes poissons perroquets à bosse dissimulés dans les recoins de l'épave et des mérous en chasse (mantra: "rester calme, rester calme, rester calme... Bon, les palmes de Laurent sont blanches et noires, facile, j'me tromperai pas de palanquée... Ciel! Du courant! Mayday, mayday! je m'écrase contre l'épave!"). Ils ont eu la gentillesse de partager leur plongées et leurs conseils avec une débutante qui consommait son air deux fois plus vite ("Quoi? Il vous reste 100 bars? Mais pourquoi il m'en reste 50?!..." ou comment comprendre très concrètement que les muscles consomment de l'oxygène). Mon vocabulaire s'est enrichi de nouveaux mots (merci à Laurent Trapani pour les photos)...


comatules
                       
                     
ascidies    


 anguilles jardinières


 bénitiers...  

... et mon imaginaire d'un monde fabuleux, riche de couleurs et de formes. Il y a tellement de poissons sur cette épave qu'on finirait par se prendre pour l'un d'entre eux... Allez, les dernières pour la route:





S'ils n'avaient pas eu un avion à prendre, ça aurait pu durer longtemps! Nous avons complété le séjour par une excursion à la cascade de Tejakulah, une ballade rafraîchissante, et au Pura Lempuyan, le temple de l'Est. Conclusion: il est plus facile de plonger que de grimper 1700 marches sous un climat tropical dans la jungle... On s'est arrêtés avant les singes agressifs et le dernier temple, perdu dans la brume. 

Pour conclure, un grand merci à Laurent et Laetitia pour les bons moments partagés et ces plongées que je n'aurais jamais réalisées sans eux. Méfiez-vous : plus on plonge, plus on y prend goût...

Côté pratique:
  • Passer l'open water: près d'un même site, les prix sont les mêmes, mais d'un site à l'autre, ça peut varier: 350 dollars à Gili T contre 280 dollars à Amed à Bali...
  • Plonger à Tulamben: Aqua Dive Paradise propose des chambres pas chères et loue des équipements de plongée en bon état, en plus d'être à quelques pas de l'épave du Liberty
  • Louer un scooter : 60 000 IDR à Tulamben contre 50 000 IDR par jour à Sanur et Ubud, (ben oui, "no competition here") 
  • Louer les services d'un chauffeur avec voiture: Dolong m'a emmenée de Tulamben à Ubud pour 350 000 IDR : sympa et communicatif en plus de rendre le trajet "safe and comfortable"


dimanche 8 décembre 2013

Indonésie - Des Gilis à Nusa Lembongan

On me l'avait prédit, il est arrivé: le blues du voyageur au long cours. J'en ai tant fait et tant vu dans les premiers mois que mi-novembre, je suis arrivée épuisée à Bali, sans aucune envie d'adresser la parole à mon voisin ni de découvrir un nouveau pays. La curiosité pour le monde et les autres cultures m'avait désertée. Une seule envie: rentrer chez moi, en Bretagne, me faire dorloter par ma famille, un bon repas le dimanche, un dîner de crêpes, l'océan, que demander de plus?... Arrivée là de mes rêveries, j'ai réalisé qu'un aller-retour pour la Bretagne dernière minute représentait financièrement presqu'un mois de voyage. Halte-là! Me suis-je dit, pas de décision hâtive. Après avoir traîné sur quelques blogs de voyageurs (c'est un mal plus répandu qu'on ne le croit), j'ai décidé de tenter un ensemble de remèdes : 

- m'offrir une belle chambre rien que pour moi: adieu dortoirs et couchsurfing ;
- avant toute chose, dormir (même si le muezzin et les coqs ont eu raison de mes grasses mat') ;
- ne RIEN faire (une île de 2 kilomètres sur 4 est parfaitement appropriée) ou à la rigueur, rejoindre la plage à vingt mètres du bungalow ;
- skyper pour la première fois en trois mois avec ma famille et mes amis proches ;
- et quand je le sentirai, commencer la plongée;
- dans l'idéal, sur une île sans véhicule motorisé.

C'est ainsi que je me suis retrouvée aux îles Gili, proches de Lombok :


Craignant de n'être entourée que de couples en lune de miel sur Gili Air et Gili Meno, plus calmes, j'ai rejoint Gili Trawangan, bien qu'elle soit réputée comme l'île de la fête et que se succèdent sur sa rue principale bars, cafés, bungalows et hôtels pour touristes sans liens avec le village. De fait, il m'a fallu une bonne semaine pour l'apprécier avec tous ses contrastes, mais il faut dire que, fidèle à mon programme, les premiers jours se sont passés entre mon bungalow et la plage. Après une bonne cure de sommeil, je suis redevenue un être sociable et j'ai découvert des voisins fort sympathiques, dont Birgit, de Munich, fidèle à Tanah Qita depuis cinq ans, qui témoignait de la multiplication des constructions touristiques ces dernières années, au détriment de la richesse de la vie sous-marine, tout en continuant à apprécier les lieux.

On plonge beaucoup aux Gilis et j'en ai profité pour passer mon Open Water, l'équivalent du niveau 1 français en plongée. Au programme: coraux, tortues (certaines nous rendaient visite chaque soir sur la plage), bancs de poissons multicolores, serpent de mer, requin de récif, poissons perroquets à bosse... Le son du muezzin plusieurs fois par jours m'est devenu familier, de même que la musique zen du salon de massage de la plage (un morceau en boucle toute la journée).


Au bout d'une semaine, j'étais suffisamment remise pour rejoindre le "sunset point" à l'autre bout de l'île et la beauté fantastique du coucher de soleil entre Lombok et Bali m'a éblouie. Une telle beauté est un vrai bonheur, elle vous réconcilie avec la vie : des couleurs flamboyantes, changeantes, se reflétant sur le mont Agun de Bali et sur les vagues, un spectacle qui, lorsqu'il cesse d'un côté de la mer, reprend de plus belle de l'autre. Après dix jours de ce régime, j'ai commencé à me sentir en vacances. Car il y a une vraie différence entre vacances et voyage.


     

  

Je ne sais, cependant, si je conseillerais Gili Trawangan. Si vous voulez faire la fête, tester les champignons magiques et que vous avez besoin d'animation, oui. Et sans aller jusqu'aux diverses méthodes hallucinogènes, commencer la soirée par un coucher de soleil splendide, une caïpirinha à la main, et la prolonger par un concert de reggae au sama sama après une journée de plongée, c'est bien sympathique. Mais si vous cherchez une vie locale, non. Si vous êtes choqué de voir des occidentales et des australiennes se promener en bikini dans les rues d'une île musulmane, quand bien même la plage est à deux mètres, et de constater que les sols sont jonchés d'ordures dès que vous quittez la zone touristique et rejoignez le village, non plus. La vie locale, ici, c'est celle des touristes et des gens de Lombok venus vendre leurs perles ou bosser dans le tourisme. Mieux vaut alors rejoindre Gili Air ou Gili Meno. 

J'ai finalement réussi à m'en arracher le 11ème jour pour voguer vers Nusa Lembongan, une île balinaise. Elle est reliée par un petit pont à Nusa Ceninda et proche d'une plus grande île, moins accessible, Nusa Penida. L'ensemble est réputé pour ses fonds marins. La plupart des habitants tirent leurs revenus de la culture des algues. Le tourisme s'y développe mais n'a pas encore dénaturé l'île. Après toutes ces nuits dans un bungalow luxueux, j'ai voulu aller au plus économique: 150 000 roupies le bungalow avec ventilateur (soit 10 euros) contre 250 000 ailleurs. Economique certes, mais fortement défraîchi et un "ami "cafard" dans la salle de bain, une piscine en construction et une terrasse plongée dans le noir faute de raccord à l'électricité à partir de 19 heures... Un conseil pour les petits budgets : cherchez une chambre chez l'habitant (mot magique: "homestay"). J'ai rencontré un breton (ils sont partout) qui s'est logé pour pas cher une dizaine de jours tout en apprenant l'indonésien avec la famille.

Toujours est-il qu'en une soirée sur cette île, beaucoup moins fréquentée, j'ai fait autant de rencontres marquantes qu'en dix jours à Trawangan. Trouver l'endroit qui vous sied n'est pas toujours aisé... J'ai réalisé un fantasme: plonger avec deux raies mantas, et j'ai découvert un poisson grenouille et des coraux superbes... La côte est plus découpée, les vagues s'écrasent contre les falaises, la mer est turquoise par endroits, les fonds marins sont riches, l'île de Nusa Penida, sur laquelle je n'ai pas abordé mais que j'ai observée de la mer, semble à l'écart du temps, couverte d'une végétation dense. Des pêcheurs jettent leur ligne du haut d'une vingtaine de mètres et la jungle semble la recouvrir... Des îles séduisantes, même en coup de vent.