s'asseoir à l'ombre avec quatre grands-mères revenant du temple
écouter un vieil homme réciter la Cigale et la fourmi, de la Fontaine, à l'entrée d'un village
danser sur le ponton d'une maison flottante et trinquer au nouvel an chinois
échanger quelques passes de badminton avec les filles du village Cham (musulman)
venir à "C'est ici" pour un renseignement et finir par y passer la soirée
voir les gamins s'écrouler de rire face à leurs bouilles sur l'écran
Je me promenais un peu désemparée le long du port lorsque j'aperçus l'enseigne "C'est ici". Et c'est là que j'ai rencontré Didier et Dany, qui tiennent la guesthouse du même nom. En un coup de fil, ils m'ont organisé un tour en barque avec une vietnamienne du village flottant. Curieuse, je leur ai demandé pourquoi ils s'étaient installés ici. Didier m'a fait signe de le suivre sur la terrasse à l'étage: "Pour ça", m'a-t-il répondu. Devant nos yeux, s'étendaient le port, les villages flottants, le lac et au loin, les montagnes. "Et pour les gens", a-t-il ajouté, "parcourez les campagnes à vélo et vous comprendrez. Je serais étonné qu'on ne vous invite pas en chemin".
De retour à la guesthouse, j'ai longuement discuté avec Didier et Dany, amoureux de cet endroit. Ce sont eux qui m'ont donné envie d'y rester plus d'une journée. Ils ont quitté la France il y a une dizaine d'années, un ras-le-bol d'une vie dédiée au boulot, et sont partis sur les routes. Ils se sont arrêtés au gré des rencontres, jusqu'au Cambodge. Après avoir tenu une guesthouse dans une autre ville et habité dans un village, ils ont jeté l'ancre à Kampong Chnang. Ils se contentent d'y vivre, simplement, aux côtés des Cambodgiens. Entre-temps, il y a bien eu un retour en France, mais il s'est soldé par une bonne déprime. Après avoir vécu ici et ailleurs, difficile de supporter d'être pris pour un fou lorsqu'on parle à des étrangers ; ça me rappelle la chape de plomb qui m'est tombée sur les épaules lorsque j'ai remis les pieds à Paris pour la première fois après un an à l'étranger.
La vie n'est pas idyllique, dans ces campagnes. Au retour du ferry, deux personnes portaient un jeune homme évanoui. Il n'a pas repris connaissance une seule fois. A quels soins a-t-il accès? A-t-il même une chance de s'en sortir? Il y a aussi cette jeune femme enceinte, qui n'a pas toute sa tête et dors sur un tas de bois la nuit. La pauvreté est une réalité, même si certains s'en sortent mieux que d'autres, mais les sourires restent nombreux et les enfants joyeux (certes, ils ne connaissent rien d'autre). Un jour qu'ils étaient débordés, leur voisine a réalisé qu'ils n'avaient pas le temps de manger et leur a apporté un plat. C'est pour tous ces petits riens qu'ils vivent là. Et eux-mêmes n'en sont pas avares. Alors que je venais demander un renseignement, je me suis vue répondre: "Ici, on commence par s'asseoir..." et j'ai fini par y passer la soirée. Pour vivre comme ils le font, il faut être capable de vivre au présent et de rompre avec le mode de pensée occidental qui tend à tout planifier. C'est ainsi qu'ils semblent avoir trouvé leur bonheur. Une vie au jour le jour et des relations humaines simples et chaleureuses.
Pour tous ces petits riens et pour cette immersion au coeur des campagnes, Kampong Chnang et "C'est ici" resteront mon gros coup de coeur du Cambodge.
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